Le symptôme : trace, écriture, représentation
Christian Lelong : premières réflexions "en vrac" sur le symptôme Emeline Caret : destins psychiques de l'évènement traumatique Jean Cooren : Le symptôme comme écriture |
Texte écrit dans le cadre des préparations aux journées sur le symptôme. Premières réflexions «en vrac» sur le symptôme
Christian Lelong - Le 2 septembre 2009
A propos de quelques symptômes.
Quand je pense symptôme, je pense en premier lieu à l’angoisse. Est-ce parce que je suis médecin, et que l’angoisse a une traduction somatique qui fait craindre une maladie ? Est-ce le caractère aigu du symptôme qui pousse à recourir à un médecin ? Toujours est-il que c’est un motif très fréquent de consultation chez moi. L’angoisse sous ses deux versants : perdre la vie ou perdre la tête. Ou encore sous les deux formes vers lesquelles elle évolue souvent : soit les multiples phobies qui se fixent sur un objet ou une situation ; soit la production d’idées obsédantes et de rituels associés. Je pense à deux jeunes étudiants en médecine pris de panique lors de l’approche de leurs examens. Ils se sentent débordés ; ils ont peur de ne pas boucler leurs révisions, et en perdent le sommeil. Ils ne s’autorisent plus aucun répit. Ils s’astreignent à rester assis à leur bureau, devant leurs cours, même si la rentabilité de leur travail est quasi nulle. Peu à peu l’angoisse évolue vers des obsessions : « Ont-ils pris correctement leurs notes ? » Il faut donc vérifier. Etc… Puis, ce qui est plus surprenant, se glissent des obsessions d’une autre nature : une idée terrible s’insinue dans leur esprit. Peut-être sont-ils des pervers sexuels, des monstres. Ils se demandent si à l’adolescence ils n’ont pas eu des gestes déplacés envers une petite fille ? .... |
Destins psychiques de l’évènement traumatique
Emeline Caret - juin 2010
Le texte que je vous présente aujourd’hui prend sa source dans des questions liées à la clinique. Je suis amenée comme beaucoup d’entre vous à travailler avec des patients ayant vécu un évènement traumatique. Il m’est apparu que ces patients pouvaient présenter deux types de mode de défense différents.
Certains de ces patients ne peuvent parler de l’évènement traumatique mais associent librement, sont accessibles à la métaphore, à la polysémie du langage tant qu’il n’y a aucun lien avec l’évènement traumatique mais dès qu’il y a un lien, non perçu par le patient, le langage vacille, les associations s’arrêtent. Le silence s’installe, mais il ne s’agit pas de silence où la pensée rebondit de signifiants en signifiants. Il s’agit d’une pensée qui se fige, qui se glace, la nature de leur silence est bien différente du silence produit par une résistance ou un refoulement. Ici il ne sert à rien de laisser le patient dans le silence car ce dernier se situe plus du côté d’un délitement du sujet que du coté d’une pensée qui se cherche et rebondit. Il y a d’autres patients qui peuvent parler de l’évènement traumatique d’une façon très précise comme s’ils étaient face à un impossible oubli. Chaque détail y est relaté avec une grande précision et le plus souvent sans expression d’affect chez des sujets qui par ailleurs peuvent se montrer très touchés dans d’autres circonstances. ... |
Jean Cooren - Mars 2010
Lors de nos rencontres préparatoires des discussions se sont engagées afin de saisir ce que chacun entendait sous le mot « symptôme ». Nous avons constaté des divergences importantes, mais vérifié qu'il était tout à fait possible de se disputer aimablement. Le mot « symptôme » (tel celui de « transfert » dont il a été question dans nos précédentes journées d'études) draine en effet des points de vue et des conceptions multiples, sur le sens à lui donner, mais aussi sur l'objet de la psychanalyse. L'hétérogénéité de ces points de vue a l'intérêt de remettre au travail ce qui ne peut en chacun que faire défaut, et qui, de toute façon, quoiqu'on fasse, fera demain encore défaut. Nos échanges ont cependant le mérite de favoriser la mise en différance. En ce sens, l'association Patou pourrait avoir pour objectif d'accueillir et de remettre au travail le « symptôme » de chacun, qu'il puisse ainsi se réécrire. Mais il peut être intéressant aussi de penser l'association elle-même en tant que « symptôme », d'y interroger la pratique institutionnelle sous cet angle. Cela devrait contribuer à sauvegarder l'insatisfaction, l'intranquillité, par une ouverture originale sur l'inconnu. Si j'opte pour garder le mot « symptôme » pour désigner des phénomènes qui sont effectivement assez dissemblables ...
Politique du symptôme (Texte présenté le jour du colloque)
Jean Cooren - Juin 2010
De par l'époque dans laquelle je suis tombé (ou qui m'est tombée dessus), de par une histoire personnelle, familiale, professionnelle et culturelle, de par un peu de chance sans doute et aussi de par ma volonté, guidé par un je ne sais quoi venu d'un je ne sais où, Sous l'influence de certains ici présents ou même absents, Et par opposition à d'autres, également présents et absents, J'ai vagabondé de ci de là, D'une association à une autre, D'un auteur à l'autre, Traversant ainsi avec armes et bagages les frontières[1] du freudisme, du kleinisme, du bionisme, du lacanisme, Croisant en écrits Winnicott, Ferenczi, tant d'autres que je ne puis ici nommer, Fréquentant longuement, certains ne le savent que trop, l’œuvre de Derrida, Rédigeant aussi par ci par là quelques articles, et plus récemment un livre, Et me voici encore en train de vous présenter un texte, Texte parlé pour présenter un autre texte, quant à lui écrit et ainsi titré en vue de ce colloque : « le symptôme comme écriture », ou tout aussi bien : « l'écriture comme symptôme ».
.... |
